samedi 31 octobre 2009
Si le poulet retombe sur le dos, il n’y a pas de doute...
Le village de Bazoulé est célèbre grâce à ses crocodiles sacrés. Une fête baptisée "Koom lakré" est organisée chaque année pour honorer les sauriens.
Bazoulé,
une déformation de "M'pa zolg yé (je ne suis pas idiot"), est un village
situé à une trentaine de kilomètres de Ouagadougou.. Le village est
l'un des sites touristiques majeurs du Burkina Faso avec sa mare aux
crocodiles sacrés. Les habitants du village entretiennent des relations
étroites avec ces reptiles. Des enfants se baignent sans risque à
longueur de journée dans la mare de ces animaux réputés dangereux.
Aujourd'hui,
les crocodiles de Bazoulé apportent leur protection. Certains y vont dans l'espoir de faire prospérer leurs
affaires, les uns pour avoir un enfant, les autres pour réussir à
l'école, etc. Ainsi, chaque année au mois d'octobre, une fête de
reconnaissance intitulée "Koom lakré" est organisée en signe de
remerciements aux crocodiles pour les vœux exaucés. Le jour du "Koom
lakré", la cour du chef est envahie par les villageois. Les troupes
traditionnelles rivalisent de mélodies, des coups de fusil tonnent. Le
cheval du chef est superbement harnaché. Après des échanges avec les
notables, le chef monte sur son cheval en direction du bosquet sacré.
Tout le monde le suit. Les femmes et les enfants mettent de l'ambiance.
Le cortège traverse le marché du village pour atteindre le bosquet
sacré. Des plats à base de pâte de mil ou de maïs (tô) attendent le
chef et sa cour. Individuellement, des villageois et des invités
donnent des poulets à sacrifier sur la pierre-fétiche. Après un long
moment de sacrifice, une autre partie du rituel a lieu à la mare avec
comme maître de cérémonie le Goog Naaba. Plusieurs poulets sont
sacrifiés et offerts aux crocodiles. Après cette partie visible du
"Koom lakré" ouverte à tout le monde, le chef et sa suite se retrouvent
chez lui pour une partie de beuverie, pour des prestations musicales et
de danse.
Au palais du chef de Bazoulé, une bâtisse de style soudano-sahélien située à environ 500 m de la mare. Naaba Kiiba vêtu d’un boubou blanc, coiffé de son bonnet de chef nous reçoit entouré de toute sa cour, sur l’esplanade qui sert de salle d’audience.
“Nos ancêtres vivaient en
bonne entente avec les crocodiles et les ont pris comme totem. Ils
allaient implorer les crocodiles pour de bonnes récoltes, le bien-être
de la famille, la santé”, souligne Naaba Kiiba. Les premiers habitants
de Bazoulé seraient venus trouver les crocodiles. Selon la légende, ces
grands reptiles sont tombés du ciel avec une pluie, il y a plus de 570
ans au cours du règne du Moogho Naaba Kouda dont l’un des enfants a
fondé Bazoulé.
La population à l’époque souffrait déjà du manque
d’eau et devait parcourir 10 à 15 km pour s’en approvisionner dans les
villages de Dondoulma, Nabitenga ou Ouelglega. Quand les crocodiles
sont apparus, ils ont creusé un grand trou sous des buissons pour y
faire leur repaire. L’endroit se transforma en mare où l’eau ne tarit
jamais.
Lors de certains événements, les “protecteurs du village” se manifestent par des signes.
“Quand il y a des bonnes nouvelles, ou au contraire des malheurs qui vont s’abattre sur le village, on peut le savoir à travers l’attitude des crocodiles”, soutient le chef coutumier de Bazoulé. Par exemple, avant le décès d’un vieux, un crocodile peut se déplacer et se présenter dans sa famille. Le soir venu, les crocodiles de la mare peuvent également mugir aussi fort que des vaches, en battant leurs queues contre l’eau.
Les crocodiles font l’objet d’un véritable culte. Chaque année, une grande fête de joie et de reconnaissance appelée “Koom-lacré” est organisée. Le Goog Naaba est chargé des sacrifices rituels.
A un moment, les sacrificateurs se rendent dans un bosquet sacré au Sud-Ouest de la mare, formellement interdit aux non initiés encore moins aux touristes. Là se trouve un crocodile énigmatique qui porte des cauris sur la tête. Même au sein des initiés, très peu de gens l’ont déjà vu. Dans ce bosquet sacré, le Goog Naaba immole un âne, un bouc et un coq donnés par le chef de Bazoulé.
Par ailleurs, quand un vieux crocodile meurt, il a droit à des
funérailles, mais quand c’est un jeune, il est enterré sans cérémonie.
Si le premier lieu sacré, la “source”, est exclusivement réservé aux
initiés, il existe à l’Est de la mare, un deuxième lieu ouvert à la
population. Il est constitué de pierres sacrées. Ce lieu est très fréquenté surtout les vendredi. Des
élèves et étudiants qui veulent réussir leurs examens ou concours, aux
couples à la recherche d’enfant, des malades qui veulent recouvrer la
santé, en passant par des commerçants en quête de prospérité, beaucoup
viennent implorer les crocodiles. Chacun achète un poulet pour le faire
immoler sur les pierres sacrées.
Selon Lassané Kaboré, au moment du sacrifice on peut savoir si le vœu
sera exaucé ou pas à travers la position du poulet. “Si le poulet
retombe sur le dos, il n’y a pas de doute, le vœu sera exaucé”,
précise-t-il. Le demandeur fait la promesse de revenir si son désir est
réalisé.
“Tu promets dans ton cœur d’offrir quelque chose à la pierre-fétiche si ton vœu est exaucé. Mais si ça réussit, il faut vraiment revenir, sinon tu auras d’autres problèmes”, s’est exprimé ainsi le sage Kaboré. Il explique que des gens ont fait plus de 10 ans mais sont revenus honorer leur promesse parce qu’ils “avaient chaud”. Le don n’est pourtant pas compliqué dit-il, il peut s’agir aussi bien d’un mouton, d’un bœuf que d’un poulet tout dépend de ce que l’intéressé a promis au moment du sacrifice.
“la personne doit revenir dire au chef, qui délègue un vieux pour aller honorer la promesse faite à la pierre”.
En outre, le sage précise que “Si un crocodile se présente dans une famille, on lui offre du zoom-koom (boisson faite de farine de mil). S’il refuse, c’est que l’heure est grave. Mais s’il boit, c’est que c’est une bonne nouvelle”.
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